Prendre un nouveau poste à l’étranger, changer de travail ou créer sa propre entreprise, la transition injecte de l’inconnu dans un parcours professionnel, d’autant plus quand le changement s’opère dans un contexte international. Comment transformer l’essai ? La sécurité psychologique, qui permet la confiance en soi, la prise de décision et la mise en action, est l’une des clés d’une transition réussie

    Expatriation, création d’entreprise, nouvelles prises de fonction, montée dans la hiérarchie…, les étapes importantes dans une carrière génèrent des sentiments divers. J’ai accompagné beaucoup de femmes dans le cadre d’un changement professionnel et j’ai pu constater que chacune a des façons différentes de réagir. Face aux situations nouvelles auxquelles il faut faire face, certaines sont éprouvées et n’arrivent plus à avancer, d’autres sont boostées, avancent avec confiance et montent les marches plus facilement.

    Nouvelle situation : on n’a plus les codes !

     

    De façon invariable, la nouveauté génère des situations inédites et provoque une perte de repères. Particulièrement quand un changement de travail est associé à un changement de pays. Les codes ne sont plus les mêmes. Dans la vie quotidienne cela peut être une langue qui nous est étrangère, la difficulté à trouver les produits de première nécessité ou à s’orienter dans la ville.

    Professionnellement, c’est un nouveau cadre, de nouveaux collègues, de nouvelles façons de fonctionner… On se demande alors : si je ne sais pas communiquer clairement ou m’orienter, comment prétendre assurer dans mon nouveau travail, comment diriger une équipe ou porter une entreprise ?

    Quand les incertitudes s’accumulent et que leur gestion est difficile, la sécurité psychologique est mise à mal. La situation se complexifie et le sentiment d’inconfort domine. On perd confiance, on se met à douter de tout, de ses compétences et de ses propres points de vue. Cela entraîne une perte d’efficacité à plusieurs niveaux : professionnel, personnel, opérationnel et relationnel. On a alors du mal à prendre des décisions et à avancer, on se met des freins supplémentaires. On se sent sous pression car il faut redoubler d’énergie pour surmonter ces situations. Chaque chose à faire prend beaucoup d’ampleur.

    Perdre confiance, redoubler d’énergie pour surmonter… et s’épuiser

     

    Je vois alors des femmes qui sont sous-pression émotionnelle car elles sont sur-investies. Elles passent beaucoup de temps à gérer ce qui se passe au travail et culpabilisent de passer moins de temps avec leur famille. Elles ont le sentiment de n’être performantes à aucun niveau.

    C’est le cas de Sylvie par exemple, qui a pris un poste important dans un comité de direction en Allemagne, avec des pairs issus de différents pays d’Europe. Dans cet environnement multiculturel qu’elle maitrise mal, elle perd confiance en son jugement, se sent parfois moins cultivée, moins à même de comprendre les situations que ses interlocuteurs…. Chaque évènement, rendez vous, chaque minute de la journée peut devenir un facteur de stress. Elle a des crises de larmes en rentrant chez elle, l’énergie déployée lui fait atteindre ses propres limites. Elle ne sent plus capable d’avancer et redoute d’exploser en vol.

    On ne maitrise plus… mais on maitrisera à nouveau

     

    Comment reprendre la main sur une situation saturée d’incertitudes ? Peut-être en lâchant un peu prise au début. En acceptant qu’on ne maitrise plus et qu’on maîtrisera à nouveau, en se donnant le droit de se tromper, en se faisant confiance et en faisant confiance aux autres.

    Car la sécurité psychologique, c’est « être capable de se montrer et de s’affirmer sans craindre les conséquences négatives de l’image de soi, du statut ou de la carrière » (Kahn, 1990)

    Alors pourquoi ne pas s’entourer de personnes ressources, prendre des conseils et savoir aussi entendre les retours positifs que l’on reçoit ?

    Trouver ou retrouver une sécurité psychologique, permet de franchir l’étape de la transition plus facilement. L’idée n’est pas de balayer la problématique mais d’accepter la part d’inconfort qu’elle génère. Un nouveau statut implique une remise en question.

    Une fois que l’on a pris conscience de ses zones d’ombre, on peut renverser la situation, en tirer avantage, reprendre la main, et être plus claire sur ses objectifs personnels. Peu à peu des pistes de mieux-être vont se dégager.

    Une rupture est aussi un événement positif : on apprend beaucoup

     

    Une rupture peut être considérée comme un événement positif. Elle oblige à prendre du recul et permet de se poser des questions, sur sa carrière et sur son parcours personnel. En sortant de sa zone de confort, on apprend beaucoup sur soi, sur ce que l’on veut vraiment, sur ses forces et ses faiblesses. En fait, on avance beaucoup, on continue à grandir.

    Si j’ai reçu des femmes en difficulté, j’ai également accompagné des expériences se révélant tout de suite très positives. Nathalie est partie de Russie pour prendre un poste en Belgique, puis en Bulgarie et en France. Elle a développé sa flexibilité, fait évoluer sa façon de communiquer, appris plusieurs langues, renforcé sa capacité d’écoute, découvert d’autres modes de décision et de management. En évoluant dans une diversité permanente, elle a développé une meilleure connaissance des autres et d’elle-même et une vision plus élargie du monde du travail.

    Sophie a quant à elle pris un poste en Allemagne et en a profité pour changer ses habitudes, revoir ses modes de fonctionnements, abandonner ceux qui ne lui convenaient plus et en adopter de nouveaux. Elle a alors trouvé dans la transition un nouvel équilibre plus satisfaisant pour elle.

    Le changement est un révélateur

     

    La transition dans un contexte international est une formidable occasion de se développer et de renforcer le sens que l’on donne à son parcours. Lorsqu’on a suivi un chemin en ligne droite, fait des études, choisi un conjoint, eu des enfants sans avoir vu le temps passer, elle agit comme un révélateur. C’est toujours une opportunité de se révéler.

    Isabelle Goyon